Les chroniques de Svali n°30 – Comment aider un survivant

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L’une des plus fréquentes questions que l’on me pose est, ”comment puis-je aider un survivant ?” Elle est posée par des épouses, des amis, des membres de l’église, et représente le désir de vouloir être d’une aide quelconque. Cachée derrière cette question se trouve souvent la demande voilée, ”Je ne veux rien faire de nuisible par erreur.”

Il n’existe pas de formule magique ou un ensemble d’actes qui garantissent cette aide. Chaque personne est particulière et il ou elle a des besoins variés. Moi, par exemple, je NE suis PAS une experte en assistance. Je sais en même temps que dans mon entreprise personnelle de guérison et celle de ceux avec qui je me suis entretenue, certaines choses se sont révélées utiles, alors que pour d’autres c’était le contraire. Cela ne doit rester qu’un discussion informelle d’aide et non un conseil thérapeutique.

Bon, donc qu’est-ce qui sera utile à une personne survivante d’abus rituels, qui commence juste à se souvenir, ou qui a retrouvé depuis plusieurs années des souvenirs ou qui est en train d’essayer de quitter un groupe de secte destructif ? Voici quelques idées.

1) Écouter. Le survivant qui a subi des dommages dans un groupe de secte a entendu toute sa vie qu’il ne devait pas parler des abus subis, qu’il ne devait rien dire. On appelle ça ”le code du silence”. Dès que le survivant commence à se souvenir, il aura malgré tout besoin de partager avec une personne de confiance. Idéalement, cette personne sera son thérapeute, mais il pourra vouloir partager avec un ami son ressenti, ses doutes, ses ressentis d’horreur, son désespoir et sa joie de franchir les petites étapes de guérison et de libération qui commencent à se produire. Par dessus tout, ce qui importe c’est que la personne qui l’écoute SOIT PRÉSENTE et ne le rejette pas. Mais soyez conscients que ce qu’elle dévoile peut la paniquer ou remettre en service une programmation. Donc ne bousculez pas la personne. Laissez-là se livrer à un rythme qui lui semble confortable.

2) Croire. On a dit aux survivants de groupes occultes que personne ne les croira s’ils parlent (et pour une bonne raison : une grande partie de la société d’aujourd’hui est dans le déni de ce type d’abus!). Les chefs du groupe lui ont dit qu’ils seraient étiquetés comme ”fous” et envoyés dans un hôpital, ou taxés de menteurs. Ceci, de même que la menace de sévères punitions s’ils parlent, rend de nombreux survivants peu enclins à se souvenir et à raconter leurs abus. Si un survivant franchit cette importante étape, il est important de la ratifier, même si ce qu’ils révèlent vous horrifie ou teste votre propre croyance sur la nature humaine. Ce qui s’est passé semble insupportable et la cruauté au-delà de toute capacité humaine, mais souvent, ces premiers faits ne sont que le sommet de l’iceberg. Essayez de ne jamais dire à la personne que vous ne la croyez pas, sinon, vous pouvez dire, au cas où elle vous demande si vous la croyez, ”Je sais que tu y crois et ce que j’en pense personnellement n’a aucune importance” (elle posera maintes et maintes fois la question du fait de la programmation mentionnée ci-dessus qu’elle ne sera pas crue. À chaque fois que vous dites ”oui”, vous l’aidez à rompre le pouvoir du cercle vicieux.

3) Apprenez à connaître les abus rituels. Que vous écoutiez l’histoire d’une personne qui teste votre capacité à la croire est une chose. Mais lire ce qu’ont écrit des milliers de gens qui se remémorent ces choses, fera jouer votre crédulité et vous allez pouvoir vous informer. Aussi le fait d’en apprendre un peu plus sur les abus rituels vous aidera à connaître les possibles pièges et problèmes auxquels le survivant fait face durant son parcours. La meilleure source d’information est un thérapeute bienveillant qui s’y connaît en abus rituels. Si vous voulez en contacter un, faites-lui savoir que vous êtes une personne-ressource et demandez si pouvez le rencontrer et lui poser quelques questions.

D’autres sources peuvent provenir de sites web (comme celui-ci!). Mais n’allez pas en voir qu’un seul; cherchez sur plusieurs sites, car les différents survivants auront des perspectives différentes.

À la bibliothèque près de chez vous, il y a au moins quelques livres sur le sujet. (note pedopolis: En France, vous pouvez toujours chercher dans une médiathèque ne serait-ce qu’on ouvrage sur les personnalités multiples/trouble dissociatif de l’identité, ce qui serait déjà un point de départ pour aborder le sujet, alors pour ce qui est d’un ouvrage francophone sur les abus rituel/programmation mentale…) Lire l’histoire d’un survivant et la manière dont il a guéri peut être une aide.
Des conférences sur les abus rituels peuvent être d’excellentes sources d’information. Vous pouvez prendre contact avec des groupes nationaux qui traitent de la dissociation et assister à leurs conférences.

4) Informez-vous sur la programmation. De nombreux survivants d’abus sévères de sectes auront vécu différentes formes de programmation. Vous n’avez pas besoin d’être expert en programmation pour être un soutien. Mais il est important d’être conscient que des programmations d’auto-mutilation et de suicide, ainsi que le désir de recontacter la secte (programmation du contact) peuvent se présenter. Si votre ami déclare qu’il se sent capable d’auto-mutilation, de se suicider ou d’aller à une réunion de la secte et qu’il pense ne pas pouvoir contrôler ses impulsions, vous devez le mettre immédiatement en contact avec son thérapeute. Une hospitalisation peut être nécessaire si ce désir pressant est sévère et un endroit sûr pour réduire à néant une programmation. Le thérapeute peut aussi travailler avec lui en tant que patient ambulatoire pour rompre l’emprise de la programmation.
Si la personne recontacte la secte, lui faire savoir qu’elle peut vivre une vie agréable en dehors de la secte est important pour échapper à la programmation. Que retourner là-bas ne fera que les enfoncer et qu’ils peuvent changer leurs mauvaises habitudes.

5) Prendre du bon temps, s’amuser, se sentir en sécurité, partager des distractions, comme participer à un barbecue, faire des courses dans les magasins, penser à des réalisations d’artisanat pour le plaisir sont toutes choses qui peuvent aider un survivant qui a été emprisonné dans une vie privée d’émotions (qui le rend dépendant de la secte). En découvrant une réalité différente sans maltraitance pour la PREMIÈRE fois de sa vie, des côtés infantiles peuvent resurgir. Laissez-lui la possibilité de les exprimer et soyez conscient qu’il peut agir d’une manière sans rapport avec son âge réel, c’est à dire facilement infantile. Plus il vivra des expériences saines, appropriées, plus rapide sera la guérison, parce que son infantilisme empêche le survivant de manifester ses capacités émotionnelles. Il va se dépêcher de partager ce recours et bientôt d’autres éléments vont sortir pour ”vérifier ce qu’il se passe”. En réalité il va tester la fiabilité de l’ami et s’il est vraiment possible d’avoir un ami qui n’abuse pas de lui et qui n’essaie pas de l’utiliser.

6) Donner un coup de main quand les choses vont mal : occasionnellement le survivant peut vivre des moments chaotiques, ou avoir fait un gros travail intérieur qui ne laisse autrement pas de place pour grand-chose. Un ami proche peut l’aider en l’emmenant à sa thérapie ces jours-là s’il ne peut pas conduire. De petites choses peuvent faire la différence, comme le prendre en charge un jour difficile et lui faire la cuisine. Ou juste sortir ensemble et assumer le rôle d’une personne extérieure sécurisante peut souvent suffire.

7) Établir de bonnes marques : il est important de ne pas faire à la place du survivant ce qu’il peut faire lui-même. L’idée est de NE PAS jouer le rôle d’un parent, sinon se crée une dynamique malsaine dans la relation. Le survivant aurait de forts besoin de dépendance non satisfaits provenant de sa vie privée d’émotions. Faites-lui savoir que vous êtes son AMI. Mais pas une nounou. Il y a un équilibre à trouver entre donner un coup de main une fois de temps en temps les très mauvais jours et rendre trop dépendant. Beaucoup de survivants peuvent très bien fonctionner pour les tâches de la vie courante, au moins la plupart du temps. Encouragez-les dans ce sens. Si le côté infantile s’exprime constamment, sans qu’aucun côté adulte n’apparaisse, cela peut être signe de stress dans un système surchargé, le signe qu’il en a besoin (les côtés adultes étaient abusés ou punis et se sont détruits) ou le signe d’une dépendance malsaine. C’est le survivant lui-même qui va apprendre à se soutenir et un ami bienveillant encouragera cette attitude.

8) Prier pour lui : j’ai laissé pour la fin ce que je pense le plus important. Guérir d’abus rituels et quitter un groupe occulte est le combat spirituel le plus intense dans le genre. Toute personne-ressource peut subir une attaque spirituelle (et dans de rares cas également des menaces physiques). Une foi sans faille, une connaissance des moyens de combat spirituel pour vous et votre ami est le plus grand des cadeaux. S’il est ouvert au christianisme, partager son amour et l’amour de Dieu peuvent faire beaucoup pour annuler les fausses croyances à Son sujet enseignées par la secte au survivant. Ils montreront souvent de la colère, de la rage, de l’amertume et même de la haine pour Dieu et Jésus. Ne vous en choquez pas ou éloignez-vous quelque temps du survivant parce qu’il a subi une vie entière d’abus et de coups montés avec Dieu qui était un violeur (il est difficile d’aimer Jésus quand quelqu’un habillé comme lui vous a violé quand vous étiez un petit enfant et qu’on vous a dit que c’est ce que fait Jésus aux enfants).
Avec de l’amour, des prières et de la patience, cette colère va s’atténuer et une vraie guérison du plus grand espace de souffrance du survivant, le spirituel, va pouvoir commencer. Un survivant a besoin de voir l’amour de Dieu en action chez les autres, de voir que la secte leur a menti, que la chrétienté est réelle, pas juste de l’hypocrisie et que les chrétiens tiennent parole par la prière et des actes de charité.

Svali

Traduction Hélios pour pedopolis

Source (page 113): http://www.fichier-pdf.fr/2012/11/24/ritual-abuse/

 

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