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Le Canard Enchainé n°4785 Les étranges pépins d’Orange en Afrique

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Pour conserver l’un de ses plus rentable contrat africain, Orange ex-France Telecom, s’est livré à des forfaits, pas seulement téléphoniques … Là il ne s’agit pas de panne.  L’histoire se passe en Guinée Equatoriale, petit Etat pétrolier. En 1984, la dictature au pouvoir (toujours dirigée pas Teodoro Obiang) désigne France Telecom comme seul opérateur privé du pays, les militaires percevant 60% des profits réalisés.

Le pays compte moins de un million d’habitants, mais l’argent du pétrole rend le contrat lucratif et sans risque, grâce au système des cartes pré-payées. En 2007, tout se gate. La justice française soupçonne le président Obiang d’avoir dilapidé l’argent de son peuple dans l’héxagone. Coincidence ? Le régime casse le monopole d’Orange et introduit un opérateur saoudien. Orange, qui, en 20 ans, a dépensé près de 300 millions pour financer des infrastructures, crie à la spoliation.

L’opérateur se montre prêt à tout pour garder son contrat, comme l’attestent deux étranges épisodes. En 2008, Yves Garcia, cadre de la filliale locale, enquête sur les agissements d’un collègue, accusé de viol par une guinéenne de 14 ans. La relation est avouée et l’enfant qui est né est reconnu. Mais c’est Garcia (il a aussi dénoncé des erreurs de gestion) qui subit des pressions. Déguisées, dans un mail du directeur d’Orange, responsable de l’Afrique, Marc Rennard: « il faut qu’on se prépare à aider notre compatriote s’il doit affronter la justice de Guinée equato, quelles que soient la gravité des faits et les sanctions internes ». Explicites, quand un homologue guinéen lui conseille de « choisir un bon gilet pare-balles ». C’est que le collègue est proche des militaires. La direction d’Orange craint-elle d’importuner cet ami du régime ?

Second pépin en 2010: le fils d’un ex-ministre est pincé pour vol de stocks de cartes téléphoniques. La très indépendante justice locale le blanchit … et condamne à 3 ans ferme trois français dont Yves Garcia. Problème: celui-ci travaillait en Centrafrique au moment des faits ! Cette fois, Orange n’offre à ce « compatriote » qu’une défense minimale. C’est en se cachant que Garcia échappe au mandat d’arrêt et regagne la France.

A Paris il est placardisé, soumis à des brimades et frôle la dépression. Le 26 mai dernier, il dépose une plainte pour « entrave et destruction de preuves ». Orange a saisi son ordinateur et jeté – c’est bête – son disque dur contenant de nombreux documents sur les affaires équato-guinéennes.

Vaine agitation: le régime d’Obiang vient de faire entrer un nouvel opérateur – chinois – qui devrait à terme, prendre la place d’Orange. Un partenaire aussi loyal méritait-il autant d’ingratitude ?

J.-F.J

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